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ShortStoryRuneterra Prime

Un héros s'éveille

De John O'Bryan

« Il suffit d'un soupçon de magie pour réveiller le Colosse. »

La guerre approchait et Galio ne pouvait rien faire d'autre que regarder les soldats demaciens s'y préparer. Il ne se souvenait plus quand il avait goûté pour la dernière fois à la magie. On l'avait souvent transporté loin de son socle, mais à chaque fois il y retournait sans avoir seulement pu prendre vie. Mais même quand son corps était immobile, son esprit était en mouvement.

Il avait hâte de combattre.

Galio apercevait au loin les rangs des barbares du nord. Même avec ses sens engourdis par le sommeil, il se rendait compte que leur formation était indisciplinée, agitée par le désir d'affronter enfin leurs adversaires demaciens. Galio avait souvent entendu des bribes de conversations sur ces sauvages qui conquéraient territoire après territoire. Les citoyens effrayés de la ville prétendaient que les Freljordiens ne faisaient pas de quartier et accrochaient la tête de leurs ennemis sur les défenses de leurs étranges montures...

Mais les barbares n'intéressaient pas le colosse. Il avait posé les yeux sur quelque chose de bien plus intéressant : une forme titanesque, presque aussi haute que les collines. Elle se déplaçait, sinistre, ondulait comme l'écume d'une mer agitée que menace la tempête.

De quoi s'agit-il ? se demanda Galio avec une lueur d'espoir. J'espère que c'est un combattant.

À ses pieds, ses camarades demaciens marchaient en rythme, psalmodiant un chant de guerre pour chasser toute autre pensée que celle de la guerre. Aux hommes, le chant pouvait sembler confiant en la victoire, mais Galio avait souvent entendu ces rimes et il se rendait compte que la mélopée était incertaine, hésitante.

L'idée de combattre cette haute bête ne les enthousiasme pas. Eh bien, je le ferai à leur place !

Galio ressentait l'irrépressible besoin de prendre tous ces hommes dans ses bras et de leur dire que tout irait bien, qu'il allait renvoyer l'armée entière de ces envahisseurs de l'autre côté de la frontière. Mais il n'en était pas capable. Ses bras, ses jambes, ses griffes étaient aussi froids et inertes que la pierre dont il était fait. Il avait besoin d'un catalyseur, d'une puissante présence magique pour s'éveiller de son rêve pétrifié.

J'espère qu'il y aura un mage, cette fois, pensa-t-il en fouillant des yeux l'horizon. Généralement, il n'y en a pas. Je déteste qu'il n'y en ait pas.

Son inquiétude grandit lorsqu'il entendit les mugissements d'épuisement des bœufs qui le tiraient. Il y en avait plusieurs dizaines et il fallait pourtant les remplacer à chaque borne kilométrique. Un court instant, Galio se dit qu'ils allaient s'effondrer, l'abandonnant au milieu de nulle part pendant qu'au loin les humains combattraient.

Enfin, le convoi finit par arriver au bord du champ de bataille. Galio savait qu'il n'y aurait pas de pourparlers et que jamais les sauvages ne se rendraient. Galio entendait le cliquetis de ses petits camarades humains formant un mur d'acier avec leurs boucliers. Mais il savait que la gigantesque bête des barbares, quelle qu'elle fût, n'aurait aucun mal à se débarrasser des armements demaciens.

Les deux armées lancèrent la charge et vinrent s'écraser l'une contre l'autre dans un flamboiement de métal. Galio entendit des heurts d'épées et de haches contre des boucliers. Dans les deux camps, les hommes succombaient et s'effondraient dans la boue. Des braves que Galio connaissait bien appelaient leur mère avec des voix d'enfants.

Le cœur tendre du géant de pierre s'émut. Mais il ne pouvait vaincre sa paralysie.

Soudain, une explosion pourpre aveugla la mêlée et les Demaciens furent jetés à genoux en masse. Galio ressentit une sensation familière au bout de ses doigts, comme la chaleur de midi réchauffant l'albâtre. Il pouvait presque les remuer...

L'éclair tomba de nouveau, arrachant d'autres héroïques défenseurs demaciens à la vie. Galio se sentit revivre et ses sens affinés lui révélèrent le conflit avec une effroyable acuité. Les corps des soldats, dans des armures brisées, se contorsionnaient grotesquement sur le champ de bataille. De nombreux barbares gisaient également dans une mare de leur propre sang.

Au loin, à l'abri derrière leurs lignes, leur sorcier invoquait des orbes qui crépitaient entre ses mains, prêt à une nouvelle attaque.

Ah, le voilà. C'est à cause de lui que je m'éveille, se dit Galio, d'abord avec gratitude, puis avec fureur. C'est lui que je vais écraser en premier !

Mais son attention fut de nouveau attirée par la forme monstrueuse, aux confins du champ de bataille. Enfin, il parvenait à la distinguer clairement : une créature massive recouverte d'une fourrure épaisse. Elle luttait contre les chaînes d'acier qui la tenaient prisonnière. Elle secouait violemment sa tête dans l'espoir de se libérer de la cagoule qui recouvrait ses yeux.

Galio sourit. Voilà un ennemi digne de mes poings.

Les barbares ôtèrent la cagoule du géant, révélant un groin mutilé sous des yeux d'escarbilles. Enfin capable de voir, la créature poussa un rugissement qui semblait clamer qu'elle était prête à ravager tout ce qui se trouvait devant elle. Les gardiens de la bête firent jouer un mécanisme qui relâcha ses chaînes, et le béhémoth se précipita vers l'infanterie ennemie, tuant une dizaine de Demaciens d'un seul mouvement de griffes.

Galio était horrifié. C'étaient des hommes qu'il veillait depuis leur petite enfance. Il voulut pleurer leur mort, comme il avait vu les humains le faire dans leurs périodes de deuil. Mais il n'était pas conçu pour les larmes. Il se concentra sur sa tâche et sur l'excitation du combat qui l'attendait. C'était une grande et terrible bête et il avait hâte de l'affronter. Il sentait l'énergie vitale l'irriguer de nouveau.

Oui ! Enfin !

Les sensations revenaient dans ses bras, sa tête, ses jambes. Pour la première fois en un siècle, il pouvait bouger. Un son se répercuta en écho dans la vallée, quelque chose que nul n'avait jamais entendu de mémoire d'homme.

C'était le rire du géant de pierre.

Galio se jeta dans la bataille, détruisant les machines de siège rudimentaires des barbares. Alliés et ennemis s'arrêtèrent d'un geste pour observer le titan de pierre qui se frayait un passage à travers la ligne ennemie. Monument vivant, il se jeta au-devant du béhémoth enragé. « Salut, grosse bête. Tu veux bien que je t'écrase ? »

La créature, la tête levée vers le ciel, poussa un hurlement, comme pour accepter le défi. Les deux titans se ruèrent l'un sur l'autre avec une puissance à ébranler la terre. Le béhémoth frappa Galio en plein estomac et jeta un grognement d'intense douleur en s'effondrant au sol, les mains fermées sur sa clavicule. Galio resta immobile, hésitant à achever un ennemi à terre.

« Allons, inutile d'avoir honte », dit Galio avec un geste d'invitation. « C'était bien essayé. Essaie de me cogner une fois encore. »

Le monstre se releva lentement et la lueur de colère se ralluma dans ses yeux. Il frappa Galio de toutes ses forces, ses griffes faisant voler un éclat de sa tête.

« Tu as brisé ma couronne », dit le colosse, agréablement surpris de voir que ce combat n'était pas gagné d'avance. Il frappa la bête de la main, mettant dans ce coup de gourdin toute la puissance de sa structure de roc. Le poing de pétricite toucha sa cible et le champ de bataille résonna du bruit d'ossements gigantesques qui cassaient.

Dans un cri strident, le monstre se débattit aveuglément, mais sans rien toucher.

Galio saisit la bête immense par la taille et serra de ses bras monolithiques, tâchant de briser sa colonne vertébrale. Mais le béhémoth échappa à sa prise et commença à faire des cercles prudents autour de lui avant de battre en retraite.

« Attends ! Nous devons aller au bout de notre bataille ! » cria le colosse. Il se lança à la poursuite de la bête, espérant que cette dernière cesserait de fuir.

Mais les cris de ses frères demaciens lui parvinrent, portés par le vent. Sans s'en rendre compte, Galio avait suivi le monstre sur des centaines de mètres et s'était éloigné du cœur de la bataille. Il voulait combattre la créature, mais ses camarades humains avaient besoin de lui.

Tandis que l'abomination s'enfuyait, Galio lui lança un ultime regard. « Adieu, grande bête. »

Puis il revint rapidement vers ses camarades. Plus de la moitié d'entre eux gisaient au sol, ravagés de douleur, torturés par une puissance invisible. Il sut immédiatement que c'était à cause de la magie qui le maintenait en vie.

Le titan de pierre lut la terreur sur le visage des soldats et il se tourna de nouveau vers le sorcier maléfique. Galio savait ce qu'il avait à faire et quelles en seraient les conséquences.

Il sauta haut dans les airs et s'écrasa sur le mage, interrompant ses ignobles incantations et réduisant le barbare en bouillie. Ce fut la déroute pour les envahisseurs ; ils lâchèrent leurs armes et s'enfuirent, terrorisés.

Sentant la magie du sorcier s'évanouir, Galio éprouva des sentiments contradictoires. La force qui lui donnait vie disparaissait de son corps. Il avait sauvé d'innombrables vies, mais c'était de nouveau le sommeil qui l'attendait.

Il ne comprenait pas pourquoi il ne possédait pas sa propre force vitale, comme en ont toutes les créatures vivantes. Pourquoi l'avait-on conçu ainsi ? Était-ce la volonté de son créateur ? Alors que le froid de la tétanie l'envahissait de nouveau, il se consola en se disant que la vie elle-même était magique et que, même brièvement, il avait la joie de l'expérimenter de temps à autre.

Jusqu'au dernier jour. Le jour où il abattrait de ses poings le dernier mage, le jour où plus rien ne pourrait plus jamais éveiller la sentinelle granitique de Demacia.

Personnages impliqués

Régions