Do No Harm
« Dr. Mundo's unorthodox medical methods come to light. »
Ça fait un moment que Mundo n'a plus fait une visite à domicile, pensa Mundo, caressant l'énorme langue violette qui pendait de sa bouche comme celle d'un criminel pendu à un gibet.
Il s'extirpa de son lit (une grande caisse de bois remplie de couteaux aiguisés et de clous rouillés), se brossa les dents (avec une lime à ongles) et avala son petit-déjeuner (un chat). Mundo se sentait plein d'entrain. Il se sentait plein de vie.
C'était un jour parfait pour exercer la médecine.
Le premier patient qu'il repéra vendait des gouttes de luminance devant le Répare-membres de Ranker. L'homme boitillait en cercles, hurlant à qui voulait l'entendre que sa luminance leur ferait vivre des sensations incomparables et que quiconque n'en achetait pas immédiatement était un imbécile. Eh, un passant venait de le regarder de travers, non ? Parce qu'attention, quand on le regardait de travers, il faisait un massacre.
Mundo sortit son carnet, un outil qu'il utilisait souvent pour noter ses observations sur ses patients d'hier et d'aujourd'hui. Le carnet était grand, jaune et imaginaire.
Le patient montre des signes d'hystérie, aurait écrit Mundo s'il n'avait pas été en train de tracer des signes en l'air d'un doigt charnu. Possible infection du système nerveux par virus crânien, aurait-il ajouté s'il avait été capable d'une pensée polysyllabique.
« MUNDO SOIGNE TÊTE ET ZONE FACIALE », se dit-il.
Rank était sur le point de remballer ses gouttes de luminance et de rentrer chez lui pour la nuit. Il avait besoin de nouvelles chaussures. Celles qu'il avait lui écorchaient les pieds, et après une telle journée de travail, n'avait-il pas mérité un cuir plus doux ?
Pendant que Rank méditait sur ses semelles, un énorme monstre violet jaillit soudain de la pénombre et hurla : « MUNDO A LES RÉSULTATS DE TES TESTS SANGUINS ! »
Mundo laissa plus ou moins son premier patient comme il l'avait trouvé (moins quelques membres) et se dirigea vers le Commercia fantastique, un marché spécialisé dans les jouets mécaniques. La plupart des boutiques étaient fermées, mais Mundo repéra un Zaunien qui chancelait sur le trottoir. L'homme chantait une balade qui parlait d'une jeune beauté piltovienne et du timide garçon de la ville inférieure qui l'aimait, sauf qu'il semblait avoir oublié la plupart des paroles et une bonne partie de la mélodie. Dans sa main se balançait une bouteille vide, et il ne semblait pas avoir pris de bain depuis des mois.
Cet homme était-il atteint du même mal que le vendeur de luminance ? Était-ce un virus ? Une épidémie était-elle sur le point d'éclater ? Mundo devait agir rapidement.
C'était à l'évidence un homme qui avait besoin de soins médicaux.
« PRENDS-EN DEUX ET APPELLE MUNDO DEMAIN », dit la monstruosité violette en plantant une scie dans le dos de l'alcoolique.
Mundo descendit dans le Puisard de Zaun. S'il y avait un virus dans les parages, il provenait sans doute de là. Il devait y avoir un patient zéro quelque part. S'il pouvait soigner le premier malade de cette mystérieuse maladie, Mundo était sûr de pouvoir secourir le reste de Zaun.
Mais comment Mundo allait-il trouver un patient spécifique dans la cohue du Puisard ? Quelle procédure devait-il suivre pour isoler, mettre en quarantaine et résorber les souffrances des Zauniens ? Comment allait-il...
Mundo entendit quelque chose. Des bruits de pas et un cliquetis métallique rythmé.
Il suivit ce bruit aussi précautionneusement et silencieusement que possible (il ne fallait pas faire fuir un patient susceptible d'infecter davantage de personnes), et il trouva exactement ce qu'il cherchait.
Un jeune garçon. Il avait quinze ans tout au plus, une longue tignasse blanche et, dans la main, un large morceau de métal qui ressemblait à une épée. Une sorte de sablier était tatoué sur son visage. Un avertissement, peut-être ? Un symbole indiquant qu'il ne fallait l'approcher sous aucun prétexte ?
Mundo sut qu'il l'avait trouvé. Le patient zéro.
L'opération promettait d'être complexe et allait requérir de la dextérité et des compétences ; sans compter que...
« ÇA VA PIQUER UN PEU ! » hurla la créature en bondissant. Son énorme silhouette violette traversa les airs, scie en main et langue au vent.
Le garçon fut surpris, mais il était sur ses gardes. Quiconque grandissait dans le Puisard devait constamment être prêt à tout et le gamin avait eu le temps de se préparer.
Tout le temps, même.
Pas de doute : c'était un patient à problèmes.
L'adolescent refusa de répondre aux questions de Mundo sur ses antécédents médicaux et esquiva toutes les tentatives du bon docteur pour lui faire prendre ses médicaments. Il n'en finissait plus de se répéter (peut-être un cas d'amnésie physique ?) et ne montrait aucun respect envers l'autorité du Dr. Mundo.
Les deux combattants s'affrontèrent pendant des heures. Mundo fit quelques remarques qu'il estimait pertinentes sur les avantages de son traitement, mais l'enfant évita toutes ses tentatives pour l'aider.
Mundo finit par se fatiguer de sa dispute avec le garçon. Il essaya une dernière fois d'appliquer son traitement, en exhibant son bistouri avec la dextérité d'un duelliste demacien. Son serment médical (MUNDO SOIGNE TOUT, MUNDO FAIT MÉDECINE TRÈS FORT) lui traversa l'esprit encore et encore. Son désir de soigner cet enfant le remplit de détermination.
Il s'y consacra avec toute sa puissance.
Le traitement fut un succès.
Mais aussitôt, pour une raison inconnue, le traitement s'inversa de lui-même. À chaque fois que Mundo parvenait à accomplir un progrès, le traitement était brusquement annulé. Au grand désespoir de Mundo, l'enfant parvint finalement à s'enfuir sans avoir été soigné.
Mundo rugit de frustration.
« POURQUOI MUNDO NE PEUT PAS LES SAUVER TOUS ? » hurla-t-il en direction du ciel.
Toutes les opérations n'étaient pas vouées à réussir, évidemment. Mundo était le premier à l'admettre. Mais Mundo essaya de se concentrer sur le positif. En dehors du plus récent patient, il avait su aider tous les malades qu'il avait rencontrés. C'était une bonne journée de travail et il était temps de prendre du repos.
Alors que le soleil se levait, Mundo rentra chez lui et se mit au lit. Qui savait de quoi demain serait fait ? Un autre patient à soigner. Une autre épidémie à enrayer.
La mission d'un docteur n'était jamais terminée.