Everything We Should Have Said
« K'Sante and Tope must face what they mean to each other. »
K'Santé essuie la sueur et la poussière de son front, les mêlant au sang qui tache ses mains. Il est debout, le dos courbé, blessé plusieurs fois, mais il surplombe la dizaine d'attaquants qui l'entourent. Derrière eux, des cadavres cuisent sous le soleil de Shurima : des disciples du Transfiguré qui veut la mort de K'Santé.
Les survivants lèvent leurs épées. K'Santé voit la lumière briller sur leurs lames. Il sait que le soleil regarde, attend la prochaine action. Il joue avec l'idée de mourir ici et crache sur le sol. Ce n'était qu'une embuscade. Il n'est pas devenu la Fierté de Nazumah pour mourir dans la savane où ses ancêtres ont vaincu des ennemis bien pires encore. Ce sont au mieux des pillards, excités par les fantasmes de conquête d'un sorcier fou.
Les fanatiques chargent en vociférant et le sol répercute leur piétinement. K'Santé observe leurs mouvements. Ils ne suivent aucune tactique. Seulement leur soif de sang. Il serre les dents et, en dépit de ses jambes lourdes, de sa poitrine meurtrie, du sang dans sa bouche, il se prépare à l'assaut.
Le choc d'un métal contre l'autre retentit. Les ntofos de K'Santé bloquent un coup mortel. Il grogne en repoussant l'épée du fanatique, usant du poids de ses propres armes. C'est dans ce but que K'Santé les a construites, lourdes et rectangulaires, dans l'armure d'un lion-cobra : le matériau le plus solide de Shurima.
Un fanatique se faufile et tranche la joue de K'Santé d'un coup d'épée. La douleur le fait grogner. Il frappe de ses ntofos l'ennemi qu'il pare, attend qu'il s'effondre, puis fait tournoyer ses armes en arc de cercle, cisaillant le fanatique qui vient de le taillader. Il ricane. Finalement, tuer un Baccai semble plus facile que repousser une vague après l'autre de ces disciples du Transfiguré.
« Tuez l'infidèle ! » hurlent ses ennemis. « Le Mage l'exige ! »
K'Santé a bien des choses à dire sur Xerath, mais répliquer à ses disciples serait du temps perdu. Ils rejoindront bientôt leurs compagnons morts, tous incapables de relayer un message, et il aimerait mieux parler directement à Xerath, lui faire savoir que c'est lui qui a tué l'abomination Baccai. Dire que le Mage, ce soi-disant « dieu », a créé un lion-cobra pour terroriser les innocents...
L'estomac de K'Santé se tord de dégoût. Son peuple, sa culture : ce sont sa fierté. Malheureusement pour les disciples du Mage, cette fierté est le feu qui lui permet de survivre. Les yeux fixés sur eux, il raffermit sa prise sur ses armes tandis que ses ennemis redoublent d'agressivité.
Les fanatiques fondent sur lui, attaquant de toutes parts. Combien sont-ils ? Quatre, cinq, six ? Sa vision est instable, à cause de la chaleur ou de l'épuisement. Il fait un pas en avant, mais son genou droit plie sous lui. S'aidant de ses ntofos, il se redresse et pare des coups qui viennent d'en haut comme d'en bas. Ses ennemis s'amassent contre lui, maintenant. Ils doivent croire qu'il a atteint ses limites.
Sûrement pas.
Avec un rugissement, il les repousse et se remet sur pied. Mais avant de pouvoir riposter, trois flèches tombent du ciel et traversent la gorge de trois fanatiques. Stupéfait, K'Santé voit ses ennemis tituber avant de s'effondrer.
« Abattez-les ! » ordonne une voix.
K'Santé se retourne et découvre un grand guerrier en armure équipé d'un arc. Les trois archers qui l'accompagnent encochent de nouvelles flèches. Ils portent les mêmes couleurs, or et vert, mais le visage du chef est caché par un masque orné.
« Ne t'en fais pas, Nazumien », fait ce dernier. « Nous ne sommes pas des amis du Transfiguré. »
K'Santé jette un coup d'œil aux flèches plantées dans le corps des fanatiques morts. « Je vois ça. »
Le chef rit. Sa voix est chaude et riche. Familière, d'ailleurs. K'Santé ne voit pas le visage de l'homme, mais il se sent rassuré.
Les fanatiques survivants chargent une fois de plus tandis que les alliés inattendus de K'Santé se massent autour de lui.
« Prêt, Nazumien ? » demande le chef.
« Toujours. »
K'Santé enfonce ses ntofos dans le sol, qui se fend : des crevasses se forment devant lui, soulevant un sillage de rocaille et de poussière. Les ennemis les plus proches de K'Santé sont projetés en arrière. Les couches extérieures des ntofos volent en éclats. Leurs cœurs, désormais exposés, brillent au soleil, révélant deux lames d'obsidienne. K'Santé inverse sa prise et pointe le tranchant vers l'avant. Il sait avoir peu de temps avant que la coque protectrice de ses armes se régénère.
K'Santé saute vers l'avant. Rassemblant toute sa force, il utilise cette impulsion pour tournoyer dans les airs et tend la jambe pour infliger un coup de pied tournoyant dévastateur à trois de ses ennemis. Il les achève en atterrissant, d'un coup de ses ntofos qui déchire leur armure et la chair de leur poitrine.
Les fanatiques hurlent.
Les alliés de K'Santé rugissent.
Une pluie de flèches tombe autour de lui et le protège des fanatiques qui le flanquent.
« Ne faites aucun prisonnier ! » hurle le chef.
K'Santé approuve de la tête. Son visage est rouge de sang, sans qu'on sache trop si c'est le sien ou celui de ses ennemis. Les dents serrées et les sourcils froncés, il se projette vers l'avant et enfonce ses lames dans le cœur de ses ennemis. Un par un, ils s'écroulent.
Quand la poussière retombe, les derniers fanatiques gisent au sol parmi leurs compagnons.
« C'est terminé », observe le chef, satisfait.
« Oui », dit K'Santé. « Pour le moment. » Il se redresse péniblement, le visage et le corps pourpres. Dans ses mains, les ntofos commencent à se régénérer. Lui regarde les corps sans vie des fanatiques.
« Tu n'as pas changé, K'Santé », dit le chef.
K'Santé lève les yeux. L'archer a retiré son masque et le regarde en souriant. K'Santé ne pensait pas revoir un jour cette expression chez cet homme. Chez Tope.
« Je suis sûr que tu as bien des questions. Mais pour l'heure, viens avec nous. » Tope désigne vaguement l'horizon. « Notre camp est proche, et tu as l'air rincé. »
K'Santé ne parvient pas à maîtriser sa respiration stertoreuse. Même s'il a des doutes, il a trop envie de se reposer. Il accepte d'un geste du menton et fait un pas, mais le monde tourne autour de lui et il perd connaissance.
Quand K'Santé s'éveille, il est allongé sur un lit de bois, sous des draps doux. Il fait courir ses doigts sur le tissu verdoyant, pour en sentir les fibres fines et sinueuses, typiques des Medulliens.
La tente le protège du soleil et de la chaleur, mais il entend l'agitation du camp de l'autre côté de la toile. On forge du fer, on martèle de l'acier : des sons qui lui rappellent ses propres armes. K'Santé regarde autour de lui. À son grand soulagement, il se rend compte que ses ntofos, totalement régénérés, sont posés au pied du lit, polis et nettoyés. Il regarde le lion-cobra qui les décore, des images qu'il a gravées et peintes lui-même en s'inspirant de vieux dessins de Tope. Il se demande si Tope s'en est rendu compte. Dirait-il quelque chose, si c'était le cas ? Et si Tope se trompait dans ses déductions ? Des années se sont écoulées, après tout. K'Santé essaie de se souvenir. Combien d'années au juste ?
« Deux jours complets », dit une voix. « Tu as dormi comme un bébé tatou. » Habillé d'une tunique medullienne aux couleurs émeraude et or, Tope se tient à l'entrée de la tente de K'Santé, les bras croisés. Voyant sa bonne humeur, K'Santé lui offre un demi-sourire.
« Pas de masque, aujourd'hui ? » demande K'Santé en s'asseyant.
« Comme nous le savons tous les deux, sans mon masque, tu ne m'aurais jamais laissé t'aider contre ces fanatiques. »
K'Santé ouvre la bouche pour protester, mais la referme en soupirant. En dépit de ses efforts récents pour maîtriser ses plus audacieuses tendances, il sait qu'il y a du vrai dans cette affirmation.
« Les nouvelles vont vite », explique Tope. « Au cours de ces derniers mois, les forces du Transfiguré se sont installées plus loin dans le sud. Je les pense proches de la savane. Et je m'attendais à ce que Nazumah envoie ses meilleurs soldats. Je suis surpris, en revanche, qu'il n'y ait que toi. Contre une vingtaine de leurs soldats. »
« Je pensais pouvoir les défaire. » K'Santé sort du lit en titubant. Il s'empare de son armure et l'enfile en geignant. Tout son corps lui fait mal.
« Bien sûr », murmure Tope. « Et tu y serais sûrement parvenu. » Il secoue la tête. « En attendant, si tu peux marcher, tu peux manger. Viens me remercier autour d'un repas. Je ne laisserai pas la Fierté de Nazumah repartir l'estomac vide. »
K'Santé suit Tope hors de la tente. Devant lui s'étend le camp. Les guerriers s'entraînent ou réencordent leurs arcs. Parmi eux, K'Santé reconnaît des hommes du groupe de Tope. Comme les cuistots s'affairent autour de marmites en fonte, il sent une odeur familière et réconfortante : manioc, igname et semoule de maïs d'un côté, tomates, oignons, viande de chèvre, riz poivré de l'autre.
Tope tire deux chaises à une table. Un jeune homme portant une armure deux fois trop grande pour lui se précipite avec des verres remplis.
« Du vin de palme ? » demande Tope.
K'Santé est tenté. Chez lui, c'est la boisson de prédilection. Mais il refuse. Il veut garder la tête claire pour la conversation à venir, où qu'elle mène. « De l'eau, s'il te plaît. »
Tope se tourne vers le serviteur. « Tu as entendu. »
Le jeune homme décampe.
« Comment t'appelle-t-on, ici ? » demande K'Santé.
« Sire ou monseigneur, essentiellement », dit Tope, visage de marbre. K'Santé hésite. Tope frappe sur la table avec un sourire. « Je plaisante ! Tu croyais vraiment, après toutes ces années, que je me couronnerais, comme un Transfiguré dément ? »
« Je n'ose demander ce qu'en penserait ta tante », commente K'Santé.
« Oh, cette femme m'aurait renié », répond Tope. « Publiquement, de façon à ce que nos ancêtres ne soient pas offensés », dit-il en imitant sa tante.
K'Santé rit.
« Ce n'est pas une plaisanterie », continue Tope en joignant son rire à celui de son hôte. « Tes parents feraient de même. »
Il verse de l'eau pour K'Santé et pour lui-même, tandis que le serviteur revient avec deux assiettes. L'estomac de K'Santé gronde à la vue du riz poivré, des oranges séchées aux épices et de la fumée odorante qui s'en dégage.
« Bon appétit », fait Tope.
Tout en mangeant, K'Santé examine Tope et le camp. Tout le monde a l'air heureux, en dépit de la guerre. Les rires accompagnent, non loin, les anecdotes de champ de bataille. Hommes et femmes vont et viennent, dispensant leurs encouragements en trottinant d'un coin à l'autre. L'atmosphère est concentrée, tout le monde est occupé, mais lorsque Tope demande à boire ou à manger, on le sert sans plainte.
« On dirait que tu as fait ton chemin », observe K'Santé.
Tope sirote son vin. Il lève un bras et désigne d'un grand geste le reste du camp. « Oui, je mène ma propre bande de braves. Pour le moment, personne ne m'a ôté ce commandement. Qu'est-ce que tu en dis ? »
« Tu es trop têtu pour ça. »
« Le guépard ne peut se moquer de la fourrure du léopard ! »
Les deux hommes sourient. K'Santé remarque sur le visage de Tope les marques de l'âge, les cicatrices des combats. Sont-elles récentes ? Ou ne s'en est-il jamais aperçu auparavant ? K'Santé cherche quelque chose. La colère, la tristesse, la douleur ? Ses muscles se contractent. Culpabilité. Il continue de manger et lance un nouveau regard au camp, dont le tumulte remplit le blanc de leur conversation.
« Commandant », dit Tope. « C'est ainsi qu'ils sont censés m'appeler. Je n'aime pas ça, alors je leur ordonne de ne pas le faire. »
« Au moins, tu n'es pas la "Fierté de Medulla" », dit K'Santé.
« Ah ! Ce titre te va bien mieux qu'à moi. Il paraît qu'on va organiser une fête en ton honneur ? »
K'Santé se fait humble. « Euh, oui. Au Hall des chasseurs, à Nazumah. »
Tope a l'air impressionné. « Là où on avait l'habitude de s'entraîner. C'est fantastique ! Ta mère et ton père, je suppose qu'ils seront présents ? »
« Je ne pourrais pas les en empêcher. »
« J'aimerais te voir essayer. »
K'Santé éclate de rire.
« Quand cela aura-t-il lieu ? » demande Tope.
K'Santé avale une autre bouchée de riz poivré. « Le mois prochain. À la fin de la première semaine. »
« Oh, en même temps que mon mariage ! » s'exclame Tope joyeusement.
K'Santé hésite. Il cherche ses mots. Mais rapidement, il sourit. « Félicitations ! »
« Merci », répond Tope, sans remarquer le délai. « Nous allons chacun manquer un grand moment de l'autre. »
K'Santé rit de nouveau. Après toutes ces années, Tope n'a rien perdu de son esprit. C'est ce qui l'a attiré chez lui, au début. Dans leurs interactions, il y avait toujours de la joie. À la chasse, au repas, au lit. La partie immarcescible de leur amour, ce sont les joies qu'ils ont partagées.
Tout cela manque à K'Santé. Et pourtant, il sait qu'ils ont eu raison de se séparer. Cette dernière chasse au lion-cobra les a brisés. Ils étaient jeunes. Ils étaient forts. Ils n'étaient jamais d'accord sur rien. C'est ce qu'il y a de bizarre dans l'orgueil. Il révèle parfois la pire version de ce qu'on est.
K'Santé s'attendait à tout, mais pas à un repas avec l'homme assis en face de lui. Il n'est cependant pas démuni. Il y a des années, il s'est promis que si ce jour survenait, il n'y aurait pas de reproches. Le passé est le passé. En fait, il est plus curieux du présent et de l'avenir.
« Comment vous êtes-vous rencontrés ? » demande-t-il.
« Ah, c'est une histoire curieuse. Je l'ai rencontré à l'école. »
« À l'école ? »
« Oui », dit Tope, avant de faire une pause. « Après le lion-cobra, je suis retourné à Medulla, à l'école. Tu sais que j'ai toujours aimé étudier l'art de la guerre. Alors je me suis offert deux années pour tout apprendre, comme par exemple les stratégies des cultures lointaines. Noxus, Demacia, sans oublier les solitudes glacées de Freljord. »
K'Santé feint la surprise. « Et cela a suffi à les convaincre de faire de toi un commandant ? » Il souffle à travers ses dents serrées, avec une gravité exagérée. « La guerre fabrique des gens désespérés. »
Tope ricane. « Je suis content de voir que tu n'as pas perdu ton humour. »
Il s'enfonce sur sa chaise. « Nous avons tous les deux parcouru du chemin, K'Santé. Nous étions deux jeunes chasseurs, avec... quels étaient leurs mots ? Du talent, pas de discipline ? »
K'Santé approuve. « Maintenant, nous avons discipliné notre talent... La plupart du temps. »
Tope rit, librement, puissamment. K'Santé se souvient de la chaleur de ce rire, grâce auquel ceux qui croisent Tope se sentent toujours acceptés. K'Santé soupire, se détend et, pour la première fois du repas, s'appuie à son tour contre le dossier de sa chaise.
« Tu sais, je n'ai jamais eu l'occasion de te le dire », commence Tope, « sans doute parce que je ne le croyais pas à l'époque, mais à présent... il faut que ça sorte. »
Il hésite avant de poursuivre.
« Je suis désolé », dit-il enfin en se redressant de tout son buste. « Je ne t'ai pas soutenu à l'époque. Pendant la lutte contre le lion-cobra, je veux dire. Du moins, pas comme tu l'aurais voulu. Je n'ai pas réalisé ce que ça représentait pour toi... »
« Non », interrompt K'Santé.
Il a souvent pensé à cette conversation. Il y a quelques années, il ne pouvait même penser à rien d'autre. Ressassant, se questionnant. Plus tard, il a commencé à se détacher de ce moment, à le considérer davantage comme une leçon. Un rappel de la manière dont leur relation l'a fait mûrir, en lui permettant de comprendre le mal que son orgueil peut causer.
Il lui a fallu plus longtemps encore pour comprendre qu'il y a une part de force ambiguë dans son orgueil. Il éloigne les autres, même s'il lui permet de renverser le cours d'une bataille. Or, en amour, le but ne devrait pas être de tuer son adversaire, mais de résoudre les conflits.
Voilà un moment que K'Santé n'a plus guère pensé à cette conversation. Une fois encore, il ne s'attendait certainement pas à l'avoir aujourd'hui. Mais toutes ces années passées à y réfléchir lui permettent de répondre.
« Non », dit-il de nouveau, fermement, avant d'avancer sur sa chaise. « Je t'ai fait du mal. »
Il soupire. « Oui, le lion-cobra, ce fut dur. Et oui, je voulais vraiment le tuer, prouver que je pouvais devenir le plus grand guerrier de Nazumah. Mais je n'avais pas besoin de le faire d'une manière qui te rabaissait. En fait, je me suis servi de tes notes. C'est toi qui as découvert que c'était un Baccai. C'est ce qui m'a permis d'achever ce que nous avions commencé. Pour cela, je te suis reconnaissant. »
K'Santé regarde leurs assiettes, à demi pleines encore. C'est le signe que leur conversation plonge profondément en eux. De nouveau, il regarde Tope. « J'aurais pu être un meilleur partenaire pour toi aussi. Je suis désolé. Je le suis vraiment. »
L'air frais du désert caresse sa peau tandis qu'il voit le visage de Tope s'adoucir. Le soleil a dû se coucher. À quel moment a-t-il quitté le ciel, il ne peut s'en souvenir.
Il inspire et sourit. « Mais tu devrais aussi me remercier. »
« Vraiment ? » demande Tope, amusé. Il sirote son vin sans quitter K'Santé des yeux. « Et pourquoi donc ? »
« En faisant ce que j'ai fait, il me semble que j'ai poussé ta carrière et ta vie amoureuse. »
Tope recrache son vin. Il éclate de rire. C'est contagieux. L'hilarité des deux hommes se mêle aux chants et aux danses du bivouac.
« Ton orgueil », dit Tope, « il n'a jamais vraiment disparu. » Souriant et soupirant, il nettoie les gouttes de vin sur la table. « C'est ta plus grande force, et moi je pense que les Nazumiens ont de la chance de t'avoir. Dans des temps comme ceux-ci, il n'y a rien de mieux que la Fierté de Nazumah. »
K'Santé lève la tête pour admirer les vastes cieux du soir. Il a imaginé cette conversation un million de fois, chaque fois partant dans des directions bien différentes. Voir le succès de Tope, recevoir son acception, sentir sa maturation (semblable à la sienne propre), c'est un immense soulagement.
Il se saisit du pichet de vin de palme et se sert un verre. « Et il n'y a pas de meilleur commandant pour Medulla. »
« Buvons à cela ! » s'exclame Tope. « Transfigurés, empires ou bêtes... »
« Nul ne menacera nos foyers tant que nous serons debout ! »