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ShortStoryRuneterra Prime

Fit to Rule

« Swain maneuvers through the treacherous politics of Noxus. »

« Je commence à transpirer, Bayal. Fais en sorte que je ne transpire pas, s'il te plaît. »

Le serviteur de Qiyana s'agita en entendant ces paroles. Il rassembla le peu de contrôle qu'il avait sur les éléments et se concentra pour former un nuage de brume magique. Après quelques secondes, la brume entoura Qiyana et se fit plus fraîche, dissipant ainsi la chaleur de la jungle.

« Je préfère ça », dit Qiyana. « Je vais devoir me concentrer pour y arriver. »

Elle commença à faire pivoter son ohmlatl autour d'elle, et la végétation de la jungle se tordit et s'écarta à chaque rotation de l'anneau effilé. Des racines et des bourgeons éclatèrent en projetant des morceaux de terre, jusqu'à ce qu'un chemin étroit apparaisse finalement dans les fourrés.

« Ça y est », dit Qiyana avant de s'engager prestement sur le sentier sinueux.

Les lianes épaisses de la forêt tropicale reculaient devant elle à chaque mouvement de son ohmlatl. Derrière elle, elles regagnaient le chemin en ondulant pour le dissimuler. Bayal prit juste assez de retard pour se faire rattraper par l'avancée tortueuse de la végétation.

« Plus vite, Bayal », dit Qiyana. « Tu n'as qu'une chose à faire, alors fais-la bien. »

Le serviteur enjamba les broussailles en essayant tant bien que mal de suivre l'allure et de maintenir la température du nuage de brume.

Lorsqu'enfin ils émergèrent de la forêt, le soleil était bas dans le ciel et les rayons dorés du crépuscule illuminaient un petit village. Qiyana jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule et constata que le sentier secret était entièrement recouvert par la jungle. Trois anciens du village l'accueillirent d'un salut ixtali empreint de respect, leurs bras serrés contre leurs poitrines, puis la menèrent vers une place du village.

Une grande machine piltovienne gisait de l'autre côté de la place, abattue, sans vie ; le vestige d'une escarmouche récente dans la jungle. Qiyana n'y prêta guère attention tandis qu'elle s'asseyait sur le siège qu'on lui offrait, devant une table humblement garnie de fruits et de noix.

« Que nous vaut cet honneur, fille des Yun ? » demanda une vieille dame, penchée vers l'avant pour mieux observer Qiyana.

« J'ai eu vent du décès de votre préfet. Toutes mes condoléances », dit Qiyana.

« Tué par les étrangers », expliqua un vieil homme en montrant du doigt la machine piltovienne qui se trouvait derrière lui. « Il a essayé d'empêcher l'une de ces choses d'abattre des arbres pour leur mine. »

« C'est ce qu'on m'a dit », répondit Qiyana. Elle se tenait parfaitement droite quand vint le moment d'aborder la raison de sa visite.

« Il semblerait que Tikras ait besoin d'un gouverneur plus compétent, assez puissant pour tenir tête aux étrangers et à leurs jouets », dit Qiyana, confiante. « Quelqu'un comme moi. »

Les anciens se regardèrent, leurs visages ridés trahissant leur confusion.

« Mais Yunalai, sauf votre respect, nous avons déjà… quelqu'un comme vous », dit la vieille dame. « Votre sœur est ici. »

« Quoi ? » fulmina Qiyana.

Au même moment, une procession de serviteurs locaux traversa la place en direction de Qiyana. Quatre d'entre eux portaient un palanquin sur leurs épaules.

Tandis que le palanquin approchait, Qiyana distingua un lit en peluche, plusieurs coussins de soie et, allongée dessus, sa sœur Mara, une coupe de vin à la main. Un plateau en argent couvert de mets raffinés reposait près d'elle, et deux serviteurs bien plus compétents que Bayal se servaient de la magie élémentaire pour la rafraîchir. Qiyana jeta un regard noir à son serviteur en essuyant une goutte de sueur de son front.

« Qiyana. C'est… un plaisir de te voir », dit Mara, mal à l'aise dans son palanquin désormais posé à terre.

« Mara. On dirait que tu t'amuses bien », dit Qiyana.

Mara se tortilla sous le regard perçant de sa sœur, comme pour trouver refuge dans le lit en peluche.

« Puis-je t'offrir du vin ? » proposa Mara en portant sèchement la coupe à ses lèvres.

« Tu es censée protéger ce village, pas piller son garde-manger », dit Qiyana, refusant la proposition. « Tu devrais laisser ta place. Laisse-moi être préfet. »

Mara s'immobilisa et avala difficilement une nouvelle gorgée de vin.

« Je ne peux pas faire ça », dit-elle. « Tu le sais très bien. Je suis ton aînée. »

« Tu as un an d'avance », répondit Qiyana. « Pourtant, ton retard est considérable. »

Elle s'approcha du lit de sa sœur et son air suffisant se fit menaçant.

« C'est un fait indiscutable. Tu sais que j'ai raison. Que se passerait-il si ces mineurs découvraient ce village ? »

« Je le défendrais », dit doucement Mara.

« Tu mourrais. Toi et tous les habitants de ce village. Tu le sais aussi bien que moi », dit Qiyana haut et fort pour que tous sur la place puissent l'entendre. « Je peux les protéger. »

Des murmures parcoururent la place. Mara se mordit la lèvre, une habitude qu'elle avait développée durant leur enfance, surtout lorsque sa petite sœur prenait le dessus sur elle.

« Je... ne peux pas te laisser ma place. Les Yun Tal s'y opposeront », dit timidement Mara.

« Pas si tu renonces », dit Qiyana. « Rentre à Ixaocan. Occupe-toi de tes jardins aquatiques. Je prendrai ta place ici. »

Elle regarda les yeux de Mara bondir d'un ancien à l'autre à la recherche d'un moyen de sauver la face.

« La loi est claire », dit Mara. « Personne d'autre ne peut être préfet tant que je suis capable de gouverner. »

Folle de rage, Qiyana serra les dents et se tourna vers la grande machine gisant de l'autre côté de la place. Elle fit tournoyer son ohmlatl autour d'elle et les anciens sursautèrent sur leurs sièges. Elle convoqua vers sa lame tous les éléments se trouvant aux alentours et les déchaîna sur la machine. En un clin d'œil, le colosse de métal fut pris dans la glace, noyé sous une pluie de rochers et déchiré par des lianes aux ordres de la jeune Yunalai.

Les anciens et les serviteurs présents sur la place eurent le souffle coupé par cette démonstration de puissance.

« Vous pensez avoir déjà quelqu'un comme moi », dit Qiyana. « Mais personne n'est comme moi. »

Les anciens lui lancèrent des regards réprobateurs et confirmèrent leur décision. « Tant que Yunalai Mara est capable de gouverner, le poste lui revient de droit. »

Leurs paroles résonnèrent dans l'esprit de Qiyana qui quitta la place en silence, blessée par ce rejet. Elle mena Bayal à la sortie du village où ils croisèrent deux gardiens élémentalistes.

« Pas besoin de nous raccompagner », cracha Qiyana. « Je connais le chemin et je sais quoi faire. »

D'un mouvement de son ohmlatl, elle fendit la végétation pour révéler le chemin qui retournait dans la jungle. Suivie de son serviteur qui peinait à la rafraîchir, elle marcha vers les grandes arcologies d'Ixaocan, découvrant la route secrète et la recouvrant derrière elle.

Dès qu'ils furent hors de vue du village, l'ohmlatl de Qiyana ralentit. Derrière eux, le chemin était désormais exposé, parfaitement visible sous la lumière du soleil tardif.

« Ma Yunalai, vous avez oublié de recouvrir le sentier », dit Bayal.

« Bayal, t'ai-je demandé de t'occuper du sentier en plus de ta seule et unique tâche ? »

« Non, ma Yunalai. Mais... et si quelqu'un trouvait le village ? »

« Pas d'inquiétude. Je suis sûre que le nouveau préfet saura le défendre », dit Qiyana.

***

Le lendemain matin à Ixaocan, Qiyana fut réveillée par des pleurs.

« Les étrangers... Ils ont trouvé Tikras ! »

Les cris de sa sœur provenaient du couloir. Qiyana enfila sa robe et, en ouvrant la porte de sa chambre, découvrit Mara qui sanglotait dans les bras de Bayal.

« Mara. Que se passe-t-il ? » demanda Qiyana, feignant l'inquiétude.

Sa sœur se tourna vers elle ; son visage rouge et tremblant était couvert de griffures après sa course à travers la jungle.

« Les mineurs... Ils ont détruit le village. La moitié des habitants sont morts. L'autre moitié se cache. Je leur ai échappé de peu... »

Qiyana prit sa sœur dans ses bras en réprimant un sourire.

« Tu comprends, maintenant ? Tout ce que je voulais, c'était te protéger », dit Qiyana. « Être préfet est une fonction très dangereuse. »

« J'aurais dû t'écouter. Tu... Tu aurais terrassé les Piltoviens », se lamenta Mara.

« Oui. Sans aucun doute. » Qiyana sourit en pensant aux mineurs et aux mercenaires qui avaient saccagé le village, à la facilité avec laquelle elle allait les massacrer, et aux anciens encore en vie qui allaient ramper à ses pieds pour la remercier, une fois arrivés à la même conclusion que sa sœur.

« C'est toi qui devrais être préfet de Tikras », dit Mara.

C'est vrai, pensa Qiyana. Je l'ai bien mérité.

Personnages impliqués

Régions