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ShortStoryRuneterra Prime

Greed and Tears

« A story of ambition and its cost in the world of Runeterra. »

« Les dieux étaient en colère et firent trembler la terre. D'immenses fissures déchirèrent le sol », raconta le vieux Khaldun, ses traits abrupts éclairés par la lueur des flammes. « C'est dans l'une de ces crevasses qu'un jeune homme décida de s'aventurer. Il trouva un passage... L'entrée d'un tombeau dissimulé là depuis des lustres. L'homme avait des enfants à nourrir et une femme à combler, aussi il se décida à entrer, attiré par la perspective de richesses. »

Les adultes comme les enfants se rapprochèrent tous du vieux conteur pour mieux entendre son histoire. Ils étaient tous épuisés. Ils avaient fait une longue route, ce jour-là, et le soleil de Shurima n'avait pas été clément avec eux. Mais les récits de Khaldun étaient un plaisir rare. Ils resserrèrent leur cape autour de leurs épaules pour se protéger de la fraîcheur nocturne et se penchèrent en avant.

« À l'intérieur du tombeau, l'air était frais, ce qui était un soulagement comparé à la chaleur infernale qui régnait au-dehors. Le jeune homme alluma une torche. Sa lumière fit danser les ombres devant lui. Il s'avança avec précaution, soucieux d'éviter des pièges éventuels. Il était pauvre, certes, mais loin d'être idiot.

Les murs étaient faits d'obsidienne polie et gravés d'images et de textes antiques. Il ne pouvait déchiffrer les inscriptions, car c'était un homme simple, mais il s'intéressa aux images.

Il vit un jeune prince, assis en tailleur sur un Disque solaire porté par plusieurs serviteurs, son visage illuminé par un large sourire. Des coffres remplis d'or et de pierreries étaient amassés à ses pieds, apportés en guise d'offrandes par des émissaires portant d'étranges robes qui s'agenouillaient devant lui.

Il repéra d'autres gravures représentant le même prince souriant, qui se promenait cette fois-ci au milieu du peuple. Ses sujets étaient tous prosternés au sol devant lui. Des rayons de soleil stylisés émanaient de la couronne du jeune garçon.

Devant l'une de ces images se trouvait une petite statue en or. Cette effigie à elle seule valait probablement plus que toutes les richesses qu'il aurait pu amasser en l'espace de dix vies. Le jeune homme s'en empara et la glissa dans sa sacoche.

Il n'avait pas l'intention de s'attarder sur les lieux. Il savait que d'autres allaient probablement bien vite découvrir cet endroit. Et lorsqu'ils arriveraient, il serait déjà loin. La cupidité transforme même les hommes les plus sages en monstres, et il savait que d'autres n'hésiteraient pas à l'occire pour s'emparer de cette statuette en or, ainsi que des autres merveilles qui devaient se trouver plus loin dans le tombeau. Néanmoins, l'avarice ne faisait pas partie des défauts de ce jeune homme. Il n'avait pas besoin d'explorer plus avant. Les autres trésors enfouis en ces lieux seraient pour un aventurier différent.

Il observa une dernière image avant de quitter le tombeau. Elle montrait le jeune prince mort, reposant sur un catafalque. Les sujets représentés près de lui pleuraient, mais à l'arrière-plan, d'autres personnes semblaient se réjouir. Le jeune prince avait-il été un monarque adoré... ou bien un tyran ? Impossible de le savoir.

C'est alors qu'il entendit un bruit qui résonna dans les ténèbres et lui glaça le sang.

Il regarda tout autour de lui, les yeux écarquillés, tenant sa torche devant lui. Rien.

« Qui est là ? » demanda-t-il. Pour toute réponse, il n'eut droit qu'au silence.

Le jeune homme secoua la tête. « Ce n'était que le vent, sombre idiot, pensa-t-il. Rien d'autre que le vent. »

Mais il entendit le même bruit à nouveau, cette fois-ci plus distinctement. Un enfant était en train de pleurer dans l'obscurité, au cœur du tombeau.

S'il avait entendu ce son n'importe où ailleurs, son instinct paternel l'aurait poussé à se rapprocher. Mais ici, dans les ténèbres d'un mausolée funéraire ?

Il voulait s'enfuir... mais il resta sur place. Les sanglots l'avaient ému. On y percevait une telle tristesse et un tel chagrin...

Le tombeau possédait-il plusieurs entrées ? Un jeune garçon s'était-il frayé un chemin jusqu'ici avant de s'égarer ?

Sa torche tenue bien haut, il s'avança silencieusement. Les pleurs redoublèrent, résonnant faiblement à travers la pénombre.

Une large pièce se découpa devant lui. Le sol noir de cette chambre reflétait la lumière. Les murs étaient incrustés de pierres précieuses et de nombreux artefacts en or brillaient devant ses yeux. Lentement, il entra dans la pièce.

Il recula brusquement lorsque ses pieds provoquèrent des ondulations à travers le sol. De l'eau. Le sol n'était pas fait d'obsidienne qui réfléchissait la lumière... il était recouvert d'eau.

En s'agenouillant, il en recueillit un peu dans le creux de sa main et la porta à ses lèvres. Il recracha aussitôt. C'était de l'eau salée ! Ici, en plein cœur de Shurima, à des lieues et des lieues de la côte la plus proche !

Il entendit de nouveau les pleurs de l'enfant, plus proches de lui désormais.

Levant sa torche devant lui, le jeune homme aperçut une forme juste à la lisière de son champ de vision. Cela semblait être l'enfant, qui était assis, le dos tourné.

Avec précaution, il entra dans la pièce. L'eau qui recouvrait le sol n'était pas profonde. Les poils sur sa nuque se hérissèrent et la peur lui étreignit la poitrine, mais il ne fit pas demi-tour.

« Es-tu perdu ? demanda-t-il à l'enfant, en s'approchant. Comment es-tu entré ici ? »

La silhouette sombre ne se retourna pas, mais elle lui répondit.

« Je... Je ne me souviens pas », dit l'enfant. Le son de sa voix se répercuta sur les murs autour du jeune homme. Le garçon s'exprimait dans un dialecte ancien. Ses mots étaient étranges... mais compréhensibles. « Je ne me rappelle pas qui je suis.  »

« Calme-toi, mon enfant, dit l'homme. Tout ira bien. »

Il s'approcha de plus près, et la silhouette se dessina devant lui. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

La forme en question était la statue d'un dieu sculptée dans de l'onyx, rien de plus. Ce n'était pas la source des pleurs qu'il avait entendus, ni même de la voix enfantine qui lui avait parlé.

C'est alors qu'une petite main toute desséchée lui agrippa le bras. »

Le plus jeune auditeur sursauta, les yeux grands ouverts. Les autres enfants se mirent à rire nerveusement pour dissimuler leur peur. Le vieux Khaldun sourit, l'une de ses dents en or brillant à la lueur du feu. Puis il poursuivit son récit.

« Le jeune homme baissa les yeux. Le cadavre du minuscule prince, enveloppé de bandelettes, se trouvait à côté de lui. Une lueur terne et spectrale émanait de ses orbites vides, bien que son visage tout entier fût enveloppé lui aussi du même linceul. L'enfant mort tenait la main de l'homme dans la sienne.

« Veux-tu être mon ami ? » demanda le garçon, sa voix quelque peu étouffée par les bandelettes.

Le jeune homme fit un bond en arrière, arrachant sa main de l'étreinte de l'enfant. Il regarda son bras avec horreur tandis que sa main se desséchait à son tour et devenait noire et flétrie. La malédiction commença alors à grimper le long de son bras.

Il se retourna et s'enfuit en courant. Dans sa précipitation et sous l'effet du choc, il laissa tomber sa torche. Elle s'éteignit avec un sifflement en atterrissant dans la mer de larmes, et les ténèbres se refermèrent sur lui. Mais il pouvait toujours percevoir la lueur du jour devant lui. Il courut désespérément vers cette lumière alors que la vague de mort s'insinuait toujours plus avant le long de son bras et vers son cœur.

À chaque instant, il s'attendait à sentir de nouveau l'étreinte mortelle du garçon sur lui... mais rien de tel ne se produisit. Après ce qui sembla une éternité, mais qui n'avait dû représenter que quelques battements de cœur, il émergea enfin du tombeau et se retrouva à nouveau dans la chaleur du désert.

« Désolé, fit une voix sépulcrale qui venait des ténèbres derrière lui. Je ne l'ai pas fait exprès. »

Et c'est ainsi que l'on découvrit le tombeau d'Amumu et que cet enfant mort-vivant fut lâché sur le monde », conclut le vieux Khaldun.

« Mais tout le monde sait qu'il n'existe pas vraiment ! » cria l'un des enfants, le plus âgé d'entre eux, après quelques instants de silence.

« Si ! Amumu existe ! s'écria le plus jeune. Il parcourt le monde à la recherche d'un ami ! »

« Il existe, mais ce n'est pas un garçon, renchérit un autre. C'est un yordle ! »

Khaldun se mit à rire, avant de se relever en s'aidant d'une canne de bois tout entortillée.

« Je suis vieux et nous avons une longue route devant nous demain matin, dit-il. Il est grand temps que j'aille me coucher. »

Son auditoire commença à se dissiper, souriant et parlant à voix basse, mais l'une des enfants resta immobile. Elle fixait Khaldun sans ciller.

« Grand-père, dit-elle. Comment est-ce que tu as perdu ton bras ? »

Le vieux Khaldun posa les yeux sur la manche vide qui pendait à son épaule, puis décocha un sourire malicieux à la petite fille.

« Bonne nuit, ma chérie », dit-il avec un clin d'œil.

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