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ShortStoryRuneterra Prime

In Search of Things Lost

Shadya n'était morte que depuis quelques semaines, mais Akshan voyait déjà tout ce qui lui restait d'elle lui échapper. C'était ce qu'il y avait de plus dur dans son chagrin. Rassembler tous les souvenirs, se dépêcher de réunir tout ce qui restait de son mentor bien-aimé.

Il sortit le vieux dessin au fusain qu'il avait dans la poche et l'étudia. Le croquis grossier n'avait qu'une vague ressemblance avec son visage, et il manquait tous les petits détails. Néanmoins, il s'aperçut qu'en fermant les yeux et en se concentrant, il parvenait généralement à remplir les trous. Mais de plus en plus souvent, sa mémoire le trahissait.

Shadya, pourquoi m'abandonnes-tu ?, se demanda-t-il. Était-ce de son propre fait ? Quelque chose qui, au fond de lui, tentait de le protéger en effaçant toutes les traces d'un étalon qu'il ne parvenait pas à égaler ? Ou peut-être qu'il lui manquait seulement quelque chose pour figer ses souvenirs.

Il enfonça à nouveau le dessin dans sa poche tandis qu'il avançait sur les marchés en plein air du centre-ville de Marwi, cherchant tout ce qui pouvait lui rappeler son mentor. Quelques pâtés de maisons plus loin, il s'arrêta brusquement en observant une scène stupéfiante. Dans une allée étroite entre deux immeubles en stuc, une enfant de la rue attachait un bracelet de perles familier autour de son bras crasseux.

Vif comme l'éclair, Akshan se précipita, la cape fouettant dans son sillage, jusque devant la gamine. « Où as-tu trouvé ça ? », aboya-t-il, le ton inhabituellement brusque.

« Je l'ai trouvé », expliqua l'enfant, couvant le bracelet entre ses bras. « C'est quoi votre problème ? »

« Mon problème, c'est que ce bijou appartenait à quelqu'un qui comptait beaucoup pour moi », dit Akshan. « C'était son bijou préféré. »

La gamine le fixa du regard, les yeux remplis d'effroi. Akshan s'aperçut qu'il serrait le col de son vêtement dans sa main. Il lâcha prise et tenta un sourire contraint.

« Donc... », continua-t-il, « pourquoi ne me dis-tu pas comment ce bracelet est arrivé entre tes mains ? »

« Je... Je l'ai pris à quelqu'un à qui il ne manquera pas. »

Le visage de l'enfant se renfrogna, plein d'une rancune née d'années de vie à la dure. Akshan la connaissait bien. Il connaissait également un sinistre bijoutier dans le marché noir à deux pas d'ici et le montant qu'il aurait donné à la gamine si elle n'avait pas croisé sa route.

« Dans ce cas, tu ferais bien de me dire comment s'appelle cette personne. »

« Je ne peux pas. Vous ne savez pas ce qu'il me ferait. »

Akshan retira doucement le bracelet du bras de l'enfant et sentit son cœur s'arrêter lorsqu'il retira quelque chose du fermoir : une mèche de longs cheveux argentés.

Les cheveux de Shadya ? Ils étaient argentés... non ?

Une image apparut dans son esprit, mais elle était encore plus incomplète qu'auparavant.

« Écoute, petite », reprit Akshan, « ma Shadya n'est plus là. Et ce bracelet est l'une des seules choses qui me restent d'elle. Il faisait partie d'un ensemble de cinq. »

L'enfant détourna les yeux, comme pour éviter que son interrogateur n'y décèle une information interdite.

Akshan soupira et adopta un ton plus conciliant. « La personne à qui tu as pris ça... doit sûrement avoir les autres. Tu dois me dire qui est ce vaurien. »

La fillette bégaya, le regard fuyant, puis finit par céder. « On l'appelle le Diable des dunes, monsieur. Il vit dans un grand palais, dans les contreforts au nord. »

Akshan fronça les sourcils. « Tu as volé ça à un maître de guerre ? »

« J'ai nettoyé ses écuries », corrigea la fillette. « Il me devait bien quelque chose. »

« Tu n'as pas tort pour le coup. » lâcha Akshan. « Mais ce bracelet ne lui appartenait pas. Ce n'est donc pas à lui que tu l'as volé. Je vais devoir rendre visite à ce Diable des dunes. »

« Non », répliqua la fillette. « C'est un meurtrier, monsieur. »

« Je sais. »

Sur ces mots, il tira son grappin sur l'avant-toit du bâtiment qui les surplombait et disparut.

En pleine nuit, un groupe de gardes lourdement armés surveillait le palais du maître de guerre. Pourtant, aucun d'eux ne remarqua la silhouette vêtue d'une cape qui se précipitait dans l'ombre et se dirigeait vers les portes incrustées d'argent de la chambre principale.

À l'intérieur, une crapule massive et balafrée s'étendait sur toute la largeur de l'immense lit couvert d'un duvet d'oie. Trois rongeurs de compagnie exotiques au long pelage blanc se redressèrent et bondirent hors du lit lorsqu'Akshan émergea des ténèbres.

La main de ce dernier vint s'abattre sur la bouche du maître de guerre endormi. L'homme écarquilla les yeux de rage tandis qu'il lâchait un cri étouffé.

« Bonsoir, raclure », lâcha Akshan en posant le canon de son arme sur le menton de l'autre. « Excuse-moi de te réveiller si tôt, mais... non, ne m'excuse pas en fait. »

Le maître de guerre se tortillait pour éviter le canon de l'Expiateur.

« Du calme. » lâcha Akshan. « Reprends tes esprits. Je vais enlever ma main. Je ne veux qu'une chose, ta confession. Tu es prêt ? »

La rage dans les yeux du maître de guerre se changea en curiosité circonspecte. Lentement, Akshan retira sa main.

« Une confession ? » demanda le maître de guerre perplexe.

« Shadya. La Sentinelle. La femme âgée très à cheval sur les règles, qui adorait les bijoux avec des perles... » déclara Akshan.

« Je ne vois pas de qui tu parles. »

« C'était la personne la plus aimable que je connaisse. Sois une gentille crapule et dis-moi pourquoi tu l'as tuée. »

« Je ne l'ai pas tuée ! » déclara le maître de guerre, sa voix trahissant une légère frustration.

« Alors comment as-tu pu lui prendre ça ? » l'interrogea Akshan en lui jetant le bracelet à la figure. « Elle le portait le jour où elle est morte. J'en ai trouvé quatre autres dans ta boîte à bijoux. » Exprimant sa désapprobation, Akshan lui montra les cinq bracelets identiques.

« Je sais qui tu es. » lâcha le maître de guerre d'un air renfrogné. « Je sais tout de toi et de ce que tu fais. Tu penses pouvoir la ramener en me tuant. »

« Non, je pense qu'il est trop tard pour ça. »

« Alors, qu'est-ce que tu veux ? »

Akshan fit une pause, repensant aux cheveux argentés, aux bracelets et à la femme dont il ne se souvenait plus du visage. L'homme qui se trouvait devant lui l'avait-il vraiment tuée ? Cela avait-il la moindre importance ? Le monde n'allait pas pleurer un tel individu.

Akshan finit par répondre à la question du maître de guerre.

« La paix ? »

Contractant son doigt, Akshan fit feu avec l'Expiateur, inondant la chambre d'innombrables éclairs de pierre-relique qui transperçaient le corps du voyou.

Les gardes accoururent aussitôt dans la pièce, mais ils ne furent pas assez rapides pour rattraper Akshan qui disparaissait par la fenêtre et s'évanouissait dans les ténèbres de cette fraîche nuit désertique.

Alors que le soleil se levait sur les montagnes, Akshan avançait péniblement vers la ville, l'esprit en proie à la confusion.

Il avait étudié les cinq bracelets de perle qu'il avait récupérés. Il les avait crus capables de faire revenir Shadya, au moins dans son esprit. Mais ses souvenirs continuaient à s'estomper et le visage de son mentor n'était plus qu'une vague silhouette.

Akshan était pourtant certain d'une chose : elle n'aurait pas aimé qu'il tue le Diable des dunes uniquement pour se venger. Mais au fond de lui, il savait qu'il ne l'avait pas fait pour elle. Il l'avait fait pour lui, et cela ne l'avait pas apaisé.

Alors qu'il tournait l'un des bracelets dans ses doigts, espérant y trouver un quelconque réconfort, il remarqua une petite inscription gravée. C'était un vieux mantra de Sentinelle qu'il avait souvent entendu, mais n'avait jamais vraiment compris : « Tout donner, pour que tous puissent vivre. »

Les mots résonnèrent dans son esprit telle une trompette de guerre. Il avait enfin saisi le sens de la phrase.

Il tira son grappin dans l'avant-toit et s'élança d'un bâtiment à l'autre pour rejoindre l'endroit où il avait rencontré l'enfant la veille. Elle dormait là, dans l'allée.

Il s'agenouilla près d'elle, les bracelets à la main. « Ils sont pour toi. Elle aurait voulu qu'ils te reviennent. »

Le regard dans le vague et encore à moitié endormie, la fillette cligna des yeux lorsqu'Akshan posa les bracelets sur ses maigres possessions.

« Mais... je te conseille de les vendre au bijoutier du quartier des épices », expliqua-t-il. « Tu en tireras un meilleur prix. »

Akshan sentit le poids du regard abasourdi de la fillette se poser sur lui alors qu'il partait. Un sentiment doux-amer de réconfort le submergea. Il venait de se défaire des derniers vestiges physiques de son mentor, mais il ressentait une intense chaleur l'envahir. Dans son esprit, le visage de Shadya était plus net que jamais.

Personnages impliqués

Régions