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ShortStoryRuneterra Prime

The Curator's Gambit

Bon, pour être clair, je ne cherchais pas la moindre embrouille avec le « Seigneur de l'effroi », ou je ne sais plus qui, le type dont parlait Januk. J'essayais juste de vendre cette ridicule petite fiole au gars qui m'avait demandé de la retrouver pour lui. Ça n'aurait pas dû être compliqué.

Mais avec ma chance à moi, tout va toujours de travers.

Toujours. Enfin, bref.

Januk était un Freljordien à la barbe rousse, dont les poches étaient aussi profondes que les appétits étaient vastes. Ses employeurs l'ignoraient, mais sa résidence privée était remplie de reliques et d'œuvres d'art dont la moitié provenait illégalement de tombeaux ou de musées. Il n'aimait rien tant que dîner au milieu de sa collection. Comme certaines pièces l'attestaient, nous avions travaillé de nombreuses fois ensemble et il ne m'avait trahi qu'à deux reprises. Enfin bon, deux fois et demie, si je compte la fois où il a grillé ma couverture après la fouille de l'épave de l'Aube mécanique…

À la décharge de Januk, il paie toujours rubis sur l'ongle, ce qui met un baume odorant sur mes blessures d'amour-propre.

« Ezreal », dit-il en repoussant son assiette. Il y avait des lambeaux de viande entre ses dents. « Tu l'as trouvé ? »

Il voulait parler, bien sûr, de l'Élixir d'Uloa. Et oui, je l'avais en effet libéré d'un taudis entouré de pièges dans la jungle, près de Parétha. Je sortis de mon sac la fiole de cristal et d'os. Elle était froide dans le creux de ma main.

« J'ai ce que tu veux ici même. Le contenant est intéressant. Époque shurimienne préclassique, je dirais. »

La petite dose de liquide visqueux, à l'intérieur, brillait sous les rayons lunaires. Les yeux de Januk s'écarquillèrent.

Je décidai de corser un peu la narration. « Je vais te dire... Ce n'est pas seulement un antique sérum ordinaire. C'est un antique sérum qui servait de mur porteur. Tout s'est écroulé autour de moi. J'ai à peine réussi à m'enfuir en vie. »

« L'élixir… » La voix de Januk vibrait d'un respect que je ne lui avais jamais entendu. « Une seule goutte peut apaiser l'âme pendant un millénaire… La peau devient dure comme de la pétricite… »

Il tendit une main avide vers la fiole. Je la fis disparaître.

« Pas si vite, Januk. »

« Oui, oui, je sais... » dit-il en cherchant la clé de son tiroir. « Le paiement. Nous avions convenu six mille. »

« Et une accréditation pleine et entière dans la Guilde. »

On m'avait refusé l'entrée de bien des trucs, dans ma vie. De bars, d'écoles, même d'un récital de Sona… Mais ce qui me blessait le plus, c'était le dédain de la Guide des explorateurs de Piltover, compte tenu du nombre de fois où j'avais risqué ma peau sur le terrain. Bande d'ingrats.

Januk prit un air renfrogné. « La Guilde n'a pas pour toi un amour débordant, Ezreal. Vu que j'ai travaillé avec toi dans le passé, je dois dire que je la comprends un peu. » Il se servit un verre de vinambre et lapa une gorgée. « Tu m'as laissé moisir dans un camp de prisonniers noxien... »

« C'était pour remettre les pendules à l'heure. Tu sais, rapport à l'Aube mécanique. »

« Qui était une remise à l'heure pour l'histoire de la carte. »

« Qui était une remise à l'heure pour... quelque chose que tu as fait. » Je serrai les dents. « Probablement. »

Je commençais à me sentir nerveux. Au cas où, je me préparais à filer à la noxienne.

« Rappelle-toi, l'accréditation faisait partie de notre accord. Si tu ne veux pas l'honorer, je trouverai un autre acheteur. »

Son rire énorme rompit la tension. « Pourquoi crois-tu que je continue à faire affaire avec toi ? C'est parce que je t'aime bien. On a une histoire commune, toi et moi, et l'histoire, c'est toujours bon pour les affaires. » Il finit son verre. « Je vais chercher la lettre dans mon bureau. Donne-moi une minute. »

Un acheteur qui conserve le paiement dans son bureau ? Je ne suis pas né de la dernière pluie. Il allait sûrement revenir avec un tromblon.

Pour tuer le temps, je jetai un coup d'œil à sa collection de reliques. Il y en avait que je lui avais procurées moi-même. J'aperçus soudain quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant. Quelque chose de neuf : une cloche de pierre, à peu près de la taille d'un gros matou. Sa base était décorée d'inscriptions étranges. J'approchai pour mieux l'examiner.

« C'est de l'Ochnun », dit Januk depuis le seuil. « La langue des morts, composée au-delà du voile de la vie et parlée seulement par ceux qui ont rejoint l'au-delà. »

Je commençais vraiment à flairer le coup de poignard dans le dos. Je fis demi-tour.

Januk n'avait pas un tromblon. Il avait deux tromblons.

« Je suis au regret de te faire savoir, Ezreal, que la Guilde a de nouveau refusé ta candidature. » Il fit un pas pour entrer en pleine lumière. « Le Seigneur de l'effroi va vivre de nouveau. Grâce à l'élixir. »

Un Seigneur de l'effroi ? Génial. Dire que j'avais failli gagner, cette fois…

Mon gantelet commença à charger. La colère est une excellente motivation. Utilise-la ou oublie-la, comme je dis toujours.

Je levai le bras. Januk tira de ses deux pistolets. Magie contre plomb.

Surprise ! La magie gagna. La magie gagne toujours.

Les balles de métal furent brûlées à blanc par ma décharge et s'évaporèrent en nuage argenté. Mais avec les filous, il faut toujours faire attention. Je rechargeai donc mon gantelet. Il y eut un chuintement, et je me retrouvai derrière Januk. Ça ne me coûte pas grand-chose de me téléporter sur une courte distance, je pus donc mettre ma main gantée sur l'arrière de sa grosse tête d'idiot avant qu'il ne fasse demi-tour.

« Laisse tomber tes flingues, Januk. »

« Je sais, je t'ai devancé. »

Oh, le ton de cette réplique ne me plut pas du tout. Je jetai un coup d'œil vers le sol. Les tromblons étaient en effet à ses pieds.

Ai-je mentionné que Januk était fort ? Il est vraiment fort. Il saisit mon gantelet d'une main, me fit basculer par-dessus son épaule de l'autre et m'abattit sur son bureau de travail. La fichue cloche de pierre s'enfonça dans ma colonne vertébrale. Les échardes volèrent autour de moi. Beaucoup d'échardes.

Januk en profita pour me donner un coup de pied dans les côtes. Il m'arracha l'Élixir d'Uloa et l'avala d'une traite.

« Ton pathétique gantelet ne peut rien contre un immortel ! L'élixir est... »

« Faux », fis-je. « Mais presque de la bonne couleur. » Je présentai une autre fiole, nettement moins élégante. « Ça, c'est le véritable élixir. Tu viens de boire du venin de guêpe des sables dans un flacon souvenir en bakélite bas de gamme. »

Januk regarda la fiole vide, son visage plissé de dégoût, comme s'il venait de boire du lait tourné. Cela dit, le lait tourné aurait été bien meilleur pour lui.

Je me remis sur pied. Il avait frappé inutilement fort, mais au moins il avait épargné le visage.

« Si j'étais toi, je ne m'éloignerais pas trop des toilettes au cours des prochains jours. »

Il lança la fiole au sol et se mit à grogner. Le venin de guêpe des sables frappe fort et vite. « Espèce de sale petit... Tu me le... paieras… »

Je haussai les épaules puis levai mon gantelet pour tirer une nouvelle décharge magique dans le mur. L'explosion créa un trou incandescent de toute beauté. Les papiers volèrent dans toutes les directions. Je ramassai la cloche avant d'approcher de la nouvelle fenêtre de Januk.

« C'est toujours un plaisir de faire affaire avec toi. Quant à ta nouvelle décoration... C'est gratuit ! »

Je sautai par le trou, pris appui sur la corniche et sautai sur un toit proche. Je voulais m'éloigner le plus rapidement possible de Januk, pour des tas de raisons. Bien sûr, le venin était la première. Ça n'allait pas être beau à regarder.

Tout en fonçant, je jetai un coup d'œil à ma nouvelle acquisition. La cloche ochnun vibrait bel et bien d'énergie noire. Il ne me restait qu'à montrer cette pièce à la Guilde des explorateurs pour obtenir mon accréditation. Peut-être même feraient-ils une petite fête en mon honneur ? Après tout, je venais par mes propres moyens d'empêcher l'avènement d'un Seigneur de l'effroi.

Au bout du compte, rien d'autre n'a d'importance.

Personnages impliqués

Régions