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NarrationRuneterra Prime

The Gambler's Woe

Dites donc, c'est un joli pactole que vous avez là ! Vous avez gagné au jeu, hein ? Tenez, à la bonne vôtre. Santé !

Oh, non, pas question d'lancer les dés avec vous. J'ai totalement arrêté de jouer, en tout cas c'est ce que j'me dis. Mais autrefois, j'reconnais... Qu'est-ce qui s'est passé ? Le Roi des rivières, voilà ce qui s'est passé. Oui, Deux-vestes, ce vieux démon de Tahm Kench. C'est lui, bien sûr, c'est toujours lui.

J'étais pauvre comme un crabe aveugle et j'vivais dans un taudis. Je n'avais rien, jusqu'à ce qu'un simple kraken d'or tombe en ma possession. J'vous dirais bien comment, mais vous me traiteriez de menteur.

Avec cette pièce, je voulais payer mes dettes et trouver un bon rôle d'équipage. J'étais harponneur, voyez. J'aurais dû mettre ce qui restait de côté, pour l'avenir. C'était la chose raisonnable à faire. Harponner, c'est une vie difficile, même pour un homme jeune.

Mais voilà : le Roi des rivières m'a trouvé. « Pourquoi travailler sur le navire d'un autre ? » qu'il m'a dit ; « Pourquoi se tuer à la tâche comme un esclave, risquer sa vie pour rien, quand on peut avoir son propre navire ? » Il me suffisait d'avoir de l'ambition. Bien sûr, on n'achète pas un navire avec un kraken, mais il avait une réponse à ça.

Les dés. Un seul coup de veine, et j'aurais de quoi lancer ma p'tite entreprise. D'autres courraient les dangers à ma place, pendant que j'resterais assis à compter les bénéfices. Quelques verres plus loin, les conseils de ce diable pansu ont commencé à ressembler à du bon sens. Aveuglé par la cupidité, j'ai décidé d'lui faire confiance.

Le reste de la nuit, c'est plus qu'un souvenir flou. Je m'suis réveillé le lendemain après-midi, la tête battant comme un nœud de drisse par grand vent. Je n'savais pas où j'étais, un hôtel borgne comme un cuistot de galion, sans doute, mais sur la table de nuit, il y avait mes gains de la veille. Largement assez pour m'payer un navire ! Ah, mais le Roi des rivières m'avait hameçonné. Pourquoi le brave petit Lars devrait-il se contenter d'un seul navire s'il pouvait avoir une flotte ? J'avais juste besoin que la chance me serve encore une fois ou deux...

On est à Bilgewater. On y trouve toutes les richesses du monde, si on est prêt à tout risquer.

Le bras du vieux Deux-vestes autour de mes épaules, j'suis passé d'une table de jeu à l'autre. Dés, cartes, jeux de hasard, paris, dans tous les goûts, et surtout les plus mauvais. J'ai gagné une fortune, perdu une fortune, j'me suis refait. Un vrai maelström, dans lequel je me débattais. J'ressentais la faim, le désir, et ça m'entraînait vers les profondeurs comme une ancre.

Des années sont passées et, en cours de route, j'ai fini par oublier pourquoi j'faisais tout ça. J'ai oublié qui j'étais. J'avais tout ce que j'voulais, mais ça n'était jamais suffisant. J'en voulais toujours plus.

Et j'ai commencé à perdre gros. Plus je perdais, plus mes ressources fondaient, plus je jouais le tout pour le tout, plus je cherchais les grosses mises pour remonter en haut du mat de misaine. Bientôt, j'étais dans un état pire qu'au début de tout ça. J'dormais dans le caniveau, j'me nourrissais de rats, quand j'avais la chance d'en attraper. J'ai mendié, emprunté, volé, détroussé même ceux qui s'étaient montrés bons pour moi. J'ai perdu mes vrais amis parce que je chassais la sirène.

C'est de misère humaine qu'il se nourrit, le Tahm Kench. Il est plus vieux que l'péché, et même plus vieux que Bilgewater. Il rôde depuis l'commencement des temps et il se gave du désespoir qui naît d'la cupidité et du chagrin des hommes. Bien sûr, j'suis le seul à blâmer, mais c'est lui qui m'a donné le moyen de m'faire ce que je m'suis fait. On peut dire qu'il m'a conduit jusqu'au bord d'la falaise, mais j'suis le crapaud d'eau douce qui s'est jeté dans le vide, pendant que l'vieux glouton avalait mon désespoir.

Il est revenu me voir, une fois, quand j'étais au plus bas, quand j'buvais dans les flaques après avoir vendu ma jambe pour en faire de l'appât. Au plus noir de la nuit, il est venu, susurrant et cajolant, il m'a mis un vieux kraken d'or dans la main, avec un clin d'œil.

C'était le même, la pièce avec laquelle tout avait commencé ! Le doublon qui m'avait projeté sur c'te maudit chemin de perdition ! Il a ouvert grand sa bouche et il m'a dit : « Il est encore temps, Lars. Il est toujours temps. Suis-moi et on fera fortune ensemble... »

Malgré tout ce qui s'était passé, j'ai été tenté. Évidemment ! Mais non. Les dieux seuls savent comment, j'ai résisté. Deux-vestes a éclaté de rire. Il m'a dit qu'il s'rait toujours là quand je changerai d'avis.

Et la tentation est toujours là, tous les jours.

Alors me voici. Sans ami. Sans argent. Les meilleures années d'ma vie derrière moi, perdues dans des décennies brumeuses. J'me souviens même pas de la plupart d'entre elles, j'sais même pas si j'ai pris du bon temps.

Enfin, bref. Assez divagué. Il y a une leçon à tirer de tout ça, c'est de serrer les cordons d'sa bourse et de n'jamais, jamais passer de marché avec le Roi des rivières. On a toujours quelque chose à perdre...

Personnages impliqués

Régions